Un couple au sommet
Jean-Claude Van Damme fascine dans le monde entier. Mais qui se cache derrière le mythe ? Un garçon hypersensible, complexe et créatif. Et qu’est-ce qui rend la star unique ? Son parcours, sa détermination et son jeu d’acteur très certainement. Son dernier long métrage l’atteste une fois encore. A ses côtés dans « JCVD », Armelle, la présentatrice de « Bonnie & Clyde », sur la RTBF. En exclusivité pour « Ciné-Télé-Revue », ils se livrent au jeu de la vérité. - Armelle et Jean-Claude Van Damme, c’est une rencontre des plus étonnantes, non ? - J.-C. : C’est surtout une belle rencontre, vous voulez dire ! (Rires.) J’ai été fasciné par sa prévenance, son attention et son regard. Dans les yeux d’une personne, vous pouvez lire beaucoup de choses sur elle. Avec Armelle, je me suis directement senti à l’aise. De plus, elle a beaucoup d’humour. - Armelle : Oui, j’aime rigoler. De mon côté, j’ai découvert un homme attachant et touchant. Vous savez, Jean-Claude fait partie de nous tous. Qui ne le connaît pas ? Chacun se l’approprie à son niveau. C’est le propre de la star… Bien sûr que je suis fan de lui ! Je n’ai pas vu tous ses films, mais je ne rate aucune interview. Vivre l’expérience d’un premier film avec quelqu’un comme lui est un grand privilège… - Comment s’est passé votre premier contact ? - A. : Je l’ai rencontré le premier jour du tournage quand on a filmé la sortie du tribunal. Il descend les escaliers et je lui tends le micro, tout simplement ! J’étais terriblement impressionnée parce que c’était la première fois que je me retrouvais sur un plateau de cinéma et que j’essayais de comprendre la façon dont les choses se mettaient en place. Jean-Claude m’est apparu naturel, humain et très simple. J’étais plus impressionnée par le cadre général que par lui… Dans mon métier, on rencontre beaucoup de monde. Et avec les années, on passe au-delà de la timidité. Juste après la scène que nous tournions, le réalisateur nous a présentés. Une des premières choses qu’il m’ait dites, c’est qu’il avait repéré à ma musculature que j’avais été danseuse ! C’est dingue. J’avais oublié que dans le milieu du sport de haut niveau, le culte du corps est important, on se renifle très vite si j’ose dire… - Qu’est-ce qui vous a le plus impressionnée chez lui ? - A. : Quand on rencontre Jean-Claude, on rencontre aussi son entourage, attachant, bienveillant, important, vigilant. Il me semble très fidèle. Parmi ses amis, il y a notamment Marc Duvinage, un ancien boxeur qui compte beaucoup pour lui… Jean-Claude est très généreux. - J.-C. : Merci beaucoup. Je ne peux que retourner le compliment. J’ai découvert une femme au grand cœur. Une femme charmante pour qui l’amitié n’est pas non plus un vain mot. Ça, c’est quelque chose d’important à mes yeux. J’ai manqué d’amis outre-Atlantique. Manqué de cette chaleur que nous, Belges, possédons dans notre cœur. - Vous vous êtes découvert des points communs ? - A. : Je pense que Jean-Claude est quelqu’un de très nature, même s’il a dû apprendre à se méfier parfois. Peut-être que dans notre rencontre, on a retrouvé l’un et l’autre une spontanéité commune, presque une forme de candeur, parce que je crois qu’il s’est très vite senti en confiance. Et puis, il y a la danse. Ce que le grand public ne sait peut-être pas, c’est qu’il a aussi eu une formation en danse classique ! Il connaît la technique qui permet d’atteindre la précision du mouvement. Là-dessus, on parle le même langage. - J.-C. : Ah oui, les déhanchements, ça je connais ! (Eclat de rire.) D’ailleurs, on me parle encore souvent de mon pas de danse dans « Kickboxer ». Outre l’amour que nous portons chacun à notre métier, nous avons aussi le point commun d’être des personnes sensibles. Nous aimons être entourés par nos amis. Nous avons tous deux beaucoup souffert dans notre vie. C’est un tas de petites choses qui font que finalement, on se rapproche. - Revenons-en au film : quelles sont les scènes qui vous ont le plus marqués ? - A. : Jean-Claude m’avait parlé de cette scène-culte où il s’élève dans un monologue de près de cinq minutes. Il avait longuement parlé de cela avec Mabrouk. Il a supprimé tout le texte, il souhaitait improviser quelque chose qui lui ressemblait. C’était contrôlé et en même temps, il donne tout, il se livre… Le résultat est extrêmement touchant. C’est comme s’il remettait les choses en place. Comme si, après ça, on ne pouvait plus le regarder de la même manière. On ne peut qu’être humble face à son parcours et à sa vision des choses. - J.-C. : C’est vrai. C’est l’une de mes scènes préférées car je me mets à nu. Croyez-moi, ce n’est pas évident. J’ai pensé à ma famille en la tournant. Je me suis dit qu’elle avait souffert de me voir endurer et supporter tous les coups bas possibles et imaginables. J’aime aussi la première scène, où je dois réaliser en une prise une scène de combat interminable. C’est une séquence dont les dialogues m’ont ravi. Ça explique certaines choses que les spectateurs qui ne sont pas du métier peuvent enfin comprendre. Mais je ne vais pas vous en dire plus. Il faut laisser du suspense et… aller voir le film ! (Rires.) - Vous auriez aimé mener une carrière de star internationale comme notre Van Damme ? - A. : Je crois que ce sont des vies extrêmes. Les bonheurs et les satisfactions sont très forts, mais le revers de la médaille est lourd à porter, dangereux parfois. Il faut être très construit, très armé pour faire face à de telles pressions. Un acteur français vend son film en France, en Belgique et peut-être en Suisse. Mais pas plus. Ceux de Jean-Claude se vendent dans le monde entier et c’est pour ça qu’il est une star, parce que sa popularité embrasse la planète. Ça veut dire que la pression et les attentes sont démultipliées, amplifiées… Alors oui, c’est grisant, les rencontres sont passionnantes, la vie hors du commun, mais il faut pouvoir trouver des lieux et des moments de répit et ce n’est sûrement pas facile. - Jean-Claude, vous auriez pu inverser votre vie avec celle d’Armelle ? Etre présentateur télé ? - J.-C. : Non, impossible. Il faut aimer ce travail pour être talentueux. Ecrire des textes. Se lever très tôt le matin. Ce n’est vraiment pas mon truc. Personnellement, j’aurais été un mauvais présentateur. J’ai trop envie de bouger. Sans oublier que je serais incapable de poser des questions sur la vie privée des gens. Par contre, j’apprécie les talk-shows. - De vous à moi, dans la vie, c’est un homme qui aime se marrer ? - A. : J’ai été très surprise de découvrir son humour. Il est drôle, volontairement. Il aime faire rire avec une fraîcheur d’enfant. C’est super-touchant. Il a aussi de l’autodérision, ce qui est une preuve d’intelligence. Il ne se prend absolument pas au sérieux. Soyons chauvins, c’est quand même une grande qualité « made in Belgium » ! - Quelles sont vos priorités dans la vie, Jean-Claude ? - J.-C. : Professionnellement ? Je vais tourner mon prochain film, « Full love », en Asie. Mon fils Christopher sera la troisième caméra. Il veut devenir réalisateur. Ma fille, Bianca, jouera aussi dans le film. Elle a reçu une proposition venant de Hollywood pour un premier rôle dans un long métrage. Côté privé ? Rendre les miens heureux. - Dans « JCVD », vous êtes confronté à des images qui vous ont rendu cocasse. Comment avez-vous réagi ? - J.-C. : Très honnêtement, je suis blindé contre ce genre de choses. J’ai tellement entendu de conneries à mon sujet... J’ai fait le tour de tout ça ! Je suis comme je suis. Vous savez, il y a peu, j’ai rendu visite à des victimes de la guerre. J’étais dans mes petits souliers. Ces gens souffrent de leurs blessures physiques et morales. Certains n’ont plus de jambes, d’autres vivent sous morphine. Quand je sortais de leur chambre, j’étais prêt à aller pleurer dans les toilettes. Ces conneries d’images à côté de la réalité, je m’en fous. - Vous pensez être un incompris ? - J.-C. : Oui. J’ai tellement voyagé. J’ai vécu dix vies en une seule. Je comprends la philosophie et le mode de vie des gens de nombreux pays. Donc je crois concevoir l’existence différemment. L’expérience et la densité de la vie m’ont construit. Avec tout cela en moi, ce n’est pas toujours facile de se faire comprendre par les autres. - Armelle au cinéma : c’est une nouvelle carrière qui s’ouvre à vous ? - A. : J’adore le cinéma, sa magie et la façon dont il peut parfois rendre les sentiments, faire vivre des émotions, offrir les plus belles images du monde… Mes parents m’ont très peu emmenée au cinéma. Le premier film que j’ai vu, c’était « Flashdance », parce que le sujet m’intéressait, évidemment ! Depuis, je me suis rattrapée ! - Et vous, Jean-Claude, quel était le cinéma de votre enfance ? - J.-C. : Mon père m’emmenait tous les dimanches au cinéma. Là, je rêvais. C’était mon coin de ciel bleu. Je découvrais des longs métrages comme « Lawrence d’Arabie », « Autant en emporte le vent », « Ben-Hur »… Je m’évadais. Je sentais en moi ce virus de la toile blanche. - Si vous deviez ne retenir qu’une chose l’un de l’autre ? - A. : Son immense passion qui a guidé tout son parcours et qui continue aujourd’hui à le faire avancer. C’est ce qui m’a le plus frappée dans cette rencontre. Jean-Claude, c’est l’histoire d’un petit garçon qui a rêvé d’être acteur, pas star de cinéma. Juste acteur. Il a atteint son rêve par la voie du sport, puisque cette connaissance, il l’avait déjà. Aujourd’hui, avec « JCVD », on prend toute la mesure du chemin parcouru et de l’acteur qu’il est enfin devenu aux yeux du monde. - Jean-Claude, pourquoi le petit Bruxellois a-t-il réussi à Hollywood et dans le monde entier ? Parce que j’y ai cru. Mais en même temps, il faut être fou. Sincèrement, il n’y a que le fou qui puisse croire en quelque chose comme ça, non ? Mais c’est probablement ce grain de folie qui m’a permis d’y arriver. Si un fou rate son pari, on le traitera de con ! S’il le réussit, on dira que c’est un génie ! Maxime Quentin
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