Il fut un temps où les barres chocolatées « Twix » s’appelaient « Raider ». En 1991, la dénomination de ce produit alimentaire courant se modifie et s’inscrit dans l’inconscient collectif aussi rapidement que les avancées technologiques, politiques, sociales ou culturelles qui marquent l’époque.
De 1990 à 1999, des accidents de voiture, comme ceux de Lady Di et d’Ayrton Senna, bouleversent les esprits. Bill Clinton succède à George Bush senior et se trouve au centre de l’affaire Lewinsky. La brebis Dolly est officiellement le premier mammifère cloné. L’affaire Festina assombrit les routes du Tour de France. Le piercing apparaît sur les nombrils et les arcades sourcilières. Les Simpson imposent la vulgarité et l’insolence, et le Wonderbra remonte les poitrines en même temps que le moral en baisse d’une population belge peinée par le décès du roi Baudouin. De la situation géopolitique des années 90, on retiendra l’effondrement du bloc soviétique, la fin de la guerre froide, la guerre du Golfe, la guerre de Bosnie-Herzégovine, la dislocation de la Yougoslavie, le génocide au Rwanda… Sur fond de crise géopolitique, la machine du progrès et de l’ouverture demeure pourtant alimentée par la volonté des peuples de clore ce siècle et d’aborder l’an 2000, tout proche, avec le vent dans le dos.
La jeune génération au cœur de la cible
La génération Y, descendante des Baby Boomers, voit dans ses rangs des jeunes gens nés après 1970 n’ayant connu ni la crainte des conséquences de la guerre froide ni le sexe avec le spectre terrifiant du sida. Ce sont des « digital natives », soit des individus ayant une connaissance intuitive du fonctionnement des nouveaux appareils technologiques tels que les outils multimédias. C’est à eux que pensent Nintendo et Sony lorsqu’ils lancent respectivement la Gameboy et la Playstation, soit une manière de changer la perspective des week-ends pluvieux pour des millions d’adolescents. Devenus de véritables cibles marketing pour l’industrie de la musique, du cinéma, des jeux vidéo et de la télévision, ils se voient nourris à la série télévisée dès le plus jeune âge. Le Club Dorothée, à l’antenne de TF 1 jusqu’au mois d’août 1997, diffuse d’étranges dessins animés venus du Japon : « Nicky Larson », « Dragon Ball Z », « Sailor Moon »… La vague des séries « made in France » sévit sur les petits écrans, à travers les feuilletons délicieusement niais d’AB Productions. « Hélène et les garçons », « Le miel et les abeilles », « Premiers baisers » rythment les fins d’après-midi. Antenne 2 capte également l’attention et le cerveau disponible des ados en proposant « Giga », une émission quotidienne composée, à l’origine, d’un magazine de reportages et de deux feuilletons, dont « Les années collège ». « Le Prince de Bel Air », sous les traits de Will Smith, revisite l’image que l’on se fait du hip-hop et du rap, « Parker Lewis ne perd jamais » atteint des sommets d’absurdité et de drôlerie, « Hartley, cœurs à vif » aborde des questions préoccupantes sans donner de leçons. Les séries américaines prennent le dessus sur les productions françaises. « Beverly Hills 90210 », « Melrose Place » ou encore « Friends » accompagnent ces jeunes téléspectateurs vers une vision idéale de ce que pourrait être leur vie d’adulte.
Des méchants, des gentils, des E.T. et des affaires de famille…
Des millions de femmes rencontrent George Clooney au détour d’un couloir d’« Urgences ». Les ennuis des malades, mais aussi les affaires de cœur et les imbroglios familiaux maintiennent l’attention d’un public toujours
plus nombreux. Pamela Anderson donne au métier de sauveteur un halo ultrasexy dans « Alerte à Malibu ». Au cinéma, « Titanic » bat tous les records de fréquentation dans les salles. « Trainspotting », de Dany Boyle, secoue jusqu’à la nausée. Les succès de « Tatie Danielle », « Les nuits fauves », « Les visiteurs », « Léon », « La haine » ou « Le dîner de con » laissent entendre que le cinéma français n’a rien à craindre des géants hollywoodiens. Parmi les plus belles productions du 7e Art, le thriller, la science-fiction et le drame restent pourtant des genres où les Américains sont maîtres. « Seven », « JF partagerait appartement », « Le silence des agneaux », « Sixième sens », « Jurassic Park », « Men in black » ou « Independance day » crèvent l’écran et le box-office international. Tom Hanks reste l’acteur de la décennie, avec « Philadelphia », « Forrest Gump » et « Il faut sauver le soldat Ryan ». Sharon Stone forge sa réputation d’un croisement de jambes dans « Basic instinct ». Sandra Bullock est au firmament avec « Speed », « L’amour à tout prix » ou « Traque sur Internet ». Jim Carrey et Cameron Diaz connaissent la notoriété avec « The mask ». Cette dernière casse l’image de la bimbo dans « Mary à tout prix », un bijou de drôlerie.
Du mystère à la télé poubelle
L’intérêt des téléspectateurs se tourne également vers l’étrange. La série « X-Files : aux frontières du réel », mettant en scène des agents du FBI, Fox Mulder et Dana Scully, face à des phénomènes inexpliqués, rencontre
un succès phénoménal. « Twin Peaks », créé par Mark Frost et David Lynch, explore l’atmosphère malsaine et lourde qui règne dans la ville où la jeune Laura Palmer a été assassinée. Jacques Pradel, au fait de cette curiosité du public pour les affaires non résolues, dérape lors de la diffusion de son émission « L’odyssée de l’étrange », consacrée à la prétendue autopsie de l’extraterrestre de Roswell. La supercherie est rapidement dénoncée et marque la fin de la carrière d’un animateur pourtant plébiscité. Dans « Perdu de vue », sorte de reality-show avant l’heure, Jacques Pradel faisait appel à des témoins pour réunir des personnes séparées par la vie. Le programme permettra notamment de relancer l’enquête sur les disparues de l’Yonne, enlevées puis assassinées par Emile Louis. « Témoin numéro 1 », sur le même modèle, fournit aux services de police des informations précieuses dans l’avancée d’enquêtes classées sans suite. L’avènement des programmes télévisés jugés racoleurs et voyeurs, qualifiés de « télé poubelle » s’annonçaient, cristallisés par « Tout est possible », présenté par Jean-Marc Morandini. Un programme qui n’avait pourtant rien à envier à « Confessions intimes », aujourd’hui parfaitement toléré. Au rayon des émissions phare, impossible d’oublier « Coucou c’est nous », animée par un Christophe Dechavanne impertinent, secondé par un Patrice Carmouze en souffre-douleur désigné.
Les femmes s’en mêlent
« Frou Frou », le premier magazine féminin français créé par Thierry Ardisson et présenté, durant les deux années de diffusion, par Christine Bravo, reste également l’un des moments de télévision les plus précieux. Et les femmes sont plus que jamais entendues dans les séries télévisées. La fragile, court-vêtue mais décidée Ally McBeal s’impose dans un cabinet d’avocats de Boston et combat la misogynie en pansant ses peines de cœur. Adeline Blondieau, Bénédicte Delmas et Tonya Kinzinger jouent les héroïnes matraquées par la vie dans « Sous le soleil » et les rumeurs d’un bouleversement sociologique traverse l’Atlantique sous le nom de « Sex and the city ». L’ère des supermodels emblématiques voit Claudia Schiffer, Cindy Crawford, Linda Evangelista, Naomi Campbell et Christy Turlington rythmer les podiums de leurs pas décidés.
Quand la musique est bonne
Né à Seattle, dans l’Etat de Washington, aux Etats-Unis, le mouvement grunge est avant tout un courant musical. Dérivé de l’expression anglaise désignant les amas noirâtres qui se forment entre les orteils, le terme « grunge » cesse rapidement d’être une insulte. Le charismatique mais gravement dépressif Kurt Cobain mène Nirvana au sommet du succès, avec un premier album, « Nevermind », sorti en 1991. Alice In Chains, Pearl Jam et Stone Temple Pilots imposent le son lourd et mélancolique d’une génération en proie à ses démons. En Angleterre, en réaction, naît la Britpop. Popularisé par les albums mythiques de Radiohead, Oasis et Blur, ce courant s’éteint avant l’an 2000. La musique électronique et le trip hop ne sont pas en reste : Prodigy, Daft Punk, The Chemical Brothers, Massive Attack écrivent une page d’histoire musicale. La seconde vague de boys bands, composés exclusivement de jeunes hommes musclés, déferle sur les ondes et les écrans. Take That et le très jeune Robbie Williams, East 17, Backstreet Boys, Worlds Apart, Boyzone font craquer les filles. La France n’est pas en reste. 2Be3, mené par le regretté Filip Nikolic, Alliage ou G-Squad connaissent également les joies et les excès de la célébrité. Les demoiselles revendiquent elles aussi une part du copieux gâteau et s’associent pour former les Spice Girls. En 1996, la future madame Beckham et ses comparses créent un véritable phénomène de société avec leur slogan féministe « girl power ! », vendent 76 millions d’albums et gravent leur single « Wannabe » dans la mémoire de toute une génération. En 1998, les Destiny’s Child voient le jour, avec Beyoncé Knowles en leader époustouflant. Dans la case « mais que font-ils à présent ? », Lou Bega danse sur son « Mambo N°5 », Larusso vocalise sur son seul tube, « Tu m’oublieras », et Ricky Martin compte jusqu’à trois. Les indéboulonnables, en revanche, enchaînent les tubes. Bruce Springsteen est toujours le boss quand il entonne « Streets of Philadelphia », Céline Dion implose avec « Pour que tu m’aimes encore » et Gwen Stefani, avec son groupe No Doubt, chante « Don’t speak » avec, déjà, l’aura d’une diva. Des années 90, il nous reste au moins ça.
Date de sortie : 21/07/2010
Date de sortie : 21/07/2010
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Date de sortie : 14/07/2010
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